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[:en]Authentic Japanese Martial Art with the Katana[:de]Traditioneller, japanischer Schwertkampf der Samurai mit dem Katana zur Schulung von Körper und Geist.[:]

Iaido in New Jersey

Entretien avec Lionel Reynaud Responsable Mugai-ryu Meishi ha en France

Rencontre avec Lionel Reynaud, référent du Mugai-ryū Meishi-ha en France

Pratiquant passionné et engagé dans les arts martiaux (il enseigne le Karate Uechi-ryu en France et aux USA), Lionel Reynaud vient d’être nommé représentant de l’école pour le territoire français.
Il aborde ce rôle avec une ambition claire : faire rayonner le Mugai-ryū dans le strict respect de sa tradition, de sa ligne de transmission et de son esprit originel.

Lionel, tu as été être nommé référent du Mugai-ryū Meishi-ha en France avec l’aval de Luciano Morgenstern (Responsable Europe)
Quelle a été ta réaction à cette annonce ?

J’ai accueilli cette nouvelle avec beaucoup de joie. Le Mugai-ryū m’a énormément apporté et la perspective de le transmettre m’anime profondément. C’est aussi une responsabilité majeure que de représenter une école de sabre fondée au XVIIe siècle.

Porter un tel héritage, façonné par des générations de pratiquants, incite à la plus grande humilité.

Nul ne « possède » un art martial ; dans la voie du sabre, nous demeurons tous de perpétuels étudiants.

Mon ambition est donc de faire découvrir cette discipline en France et de bâtir un pont solide entre nos futurs pratiquants et la structure européenne dirigée par Luciano Morgenstern qui est aussi mon professeur.

Lionel Reynaud (Mugai-ryu Meishi ha)
Lionel Reynaud représentant de la Mugai-ryu Meishi ha

Pour les néophytes, comment définirais-tu le Mugai-ryū ?

Il s’agit d’une école traditionnelle japonaise de sabre (koryū). Mais son enseignement dépasse le cadre d’une seule discipline isolée.

Le Mugai-ryū Meishi-ha s’articule autour de trois axes complémentaires : le Iaido, le Kenjutsu et le Tameshigiri.

Le Iaido constitue notamment un travail individuel. À travers les kata, le pratiquant travaille la précision du geste, la posture, les déplacements, la respiration, le contrôle du corps et surtout l’intention.

Le Kenjutsu apporte une autre dimension : le travail à deux. Le pratiquant se retrouve face à un partenaire et doit intégrer la notion de distance, de timing, d’engagement et de relation avec un adversaire. Le sabre n’est plus seulement travaillé dans un cadre individuel : il faut apprendre à lire et à répondre à l’autre.

Enfin, le Tameshigiri permet de confronter cet apprentissage à la réalité de la coupe.

C’est une étape particulièrement intéressante parce qu’on ne travaille plus seulement dans l’air. La lame rencontre réellement une cible.

La qualité du résultat permet de valider les fondamentaux travaillés au préalable : la trajectoire de la lame (hasuji), la posture, le déplacement, la fluidité et la précision globale du geste.

Ces trois pratiques ne sont donc pas séparées, elles se complètent.

En effet, ces trois volets forment un tout indissociable : le Iaido construit la technique et le corps, le Kenjutsu place le geste en situation face à un partenaire, et le Tameshigiri vient valider concrètement les acquis sur la cible.

C’est cette complémentarité qui rend, à mes yeux, l’approche du Mugai-ryū particulièrement riche.

Le Tameshigiri peut donc être considéré comme une sorte de test ?

Oui, mais je préfère parler de validation plutôt que de test.

Une coupe réussie n’est que l’aboutissement naturel d’un geste correctement construit. Si la posture est incorrecte, l’angle imparfait ou si l’on tente de compenser par la force brute, la cible le révèle immédiatement.

En ce sens, la matière est un révélateur impartial : le tatami ne ment pas, il permet au pratiquant de vérifier ce qu’il a réellement intégré.
Pour autant, le Tameshigiri ne supplante en rien la rigueur des kata ni la finesse du Kenjutsu ; il vient harmonieusement couronner l’ensemble.

Et le Kenjutsu, avec le travail à deux, apporte quelque chose de différent ?

Complètement.

Seul dans l’espace, il est facile de croire que sa posture est irréprochable. La présence d’un partenaire bouleverse cette certitude.

En effet, il faut immédiatement composer avec la gestion du vide, le rythme, les angles, la vitesse et préserver son calme intérieur sous la pression d’un mouvement adverse.

Ce travail démontre que le sabre n’est pas une simple chorégraphie, mais une véritable recherche de justesse interpersonnelle, ce qui donne tout son sens au travail en Iaido.

Ton parcours martial est assez large. Est-ce que cela influence ta manière de pratiquer le Mugai-ryū ?

Bien sûr.

Chaque discipline que j’ai explorée a nourri mon chemin. Mon expérience en Karaté Uechi-ryū m’a énormément apporté, notamment grâce à des rencontres marquantes avec des enseignants d’exception en France, aux États-Unis ou au Japon.

Cependant, il reste primordial de respecter la spécificité de chaque art. Le Mugai-ryū possède sa logique propre, sa ligne corporelle et sa philosophie unique.

Fondée au XVIIe siècle par un samouraï empreint de bouddhisme Zen, l’école garde l’empreinte de son époque, tout comme le karaté d’Okinawa conserve l’héritage de l’ère Shōwa.

Tu soulignes justement le lien historique très fort avec le Zen. Est-ce cette dimension qui t’a attiré ?

Oui, énormément.

Répéter inlassablement un même mouvement ne relève pas de la simple mécanique : c’est un travail sur la patience, la concentration, la respiration et la pleine conscience de l’instant.

Le sabre agit comme un miroir sans concession. La crispation, la précipitation ou la distraction s’y révèlent à l’instant. C’est ce qui rend cette quête fascinante.

Si le katana suscite une réelle fascination, tu invites à dépasser le simple attrait pour l’objet…

C’est un point fondamental. Le katana est une pièce d’artisanat splendide au passé prestigieux, mais nous devons éviter de nous enfermer dans le mythe du samouraï.

Le sabre reste un instrument d’étude. Seules comptent la pratique que nous en faisons et la transformation intérieure qu’il opère. Posséder une lame d’exception est vain sans une compréhension du travail sur soi, alors qu’un débutant équipé en toute simplicité s’engage déjà sur un chemin authentique.

Concrètement, quelles sont tes missions prioritaires pour développer le Mugai-ryū en France ?

Il s’agit avant tout de faire connaître la richesse du Mugai-ryū Meishi-ha et d’offrir un cadre d’apprentissage rigoureux aux pratiquants désireux de s’y investir.

Cela passe par l’organisation de stages, la création de dojos, et le tissage de liens étroits avec la communauté européenne afin de garantir une transmission fluide et fidèle.

Mais je garde une certitude : je demeure avant tout un apprenant. Enseigner ne signifie pas avoir atteint une fin en soi ; cette fonction m’oblige au contraire à approfondir sans cesse ma propre étude.

Lionel Reynaud avec Luciano Morgenstern
Lionel Reynaud avec Luciano Morgenstern (Responsable Mugai-ryu Meishi ha Europe)

À qui s’adresse l’enseignement du Mugai-ryū ?

À toute personne animée d’une réelle motivation. Il n’est aucunement nécessaire de posséder un passé martial, car nos postures reposent sur des placements très naturels.

En revanche, la pratique requiert de la patience, de la constance, de la discipline et le respect du reishiki (l’étiquette). Dans notre école, nous ne cherchons pas la rapidité : nous cherchons la justesse.

Quelle résonance la notion de « voie » (dō) a-t-elle pour toi ?

C’est l’essence même de mon engagement. Une voie ne connaît pas de ligne d’arrivée.

Dans mon parcours d’entraîneur olympique (notamment aux Jeux de Londres et de Rio), j’ai vu des athlètes de haut niveau faire face à l’arrêt précoce de leur carrière sportive vers la trentaine. Suivre une voie martiale, c’est adopter une philosophie au long cours : le cheminement de toute une vie.

Sur le plan pratique, on ne peut jamais décréter tout savoir. Même après des décennies, le détail d’un kata, une nuance de respiration ou d’intention vient éclairer ce que l’on croyait acquis. C’est ce renouvellement permanent qui fait la beauté de l’étude.

Quel regard portes-tu sur le développement de la communauté Mugai-ryū en France ?

Je souhaite voir émerger un groupe uni, rigoureux et passionné. L’objectif n’est pas le nombre, mais la sincérité de la démarche : des personnes assidues, désireuses de progresser ensemble et d’en comprendre l’esprit.

Il est tout aussi essentiel de favoriser les échanges avec nos homologues européens. Le Mugai-ryū doit être un espace de partage vivant où la transmission circule librement entre pratiquants et enseignants.

En guise de conclusion, comment résumerais-tu ce que le Mugai-ryū apporte à ta vie ?

« Le sabre est entre nos mains, mais le véritable travail s’accomplit au plus profond de nous-mêmes. »

Au-delà de la maîtrise d’une arme, la pratique martiale est avant tout une quête d’élévation personnelle et de justesse d’être. Une quête qui ne s’arrête jamais.