[:en]Mugai Ryu [:de]Mugai Ryu[:]
[:en]Authentic Japanese Martial Art with the Katana[:de]Traditioneller, japanischer Schwertkampf der Samurai mit dem Katana zur Schulung von Körper und Geist.[:]

Né en 1648 dans le village de Miyama (district de Kōka, province d’Ōmi — actuelle préfecture de Shiga), Tsuji Sukemochi porte d’abord le nom d’enfance de Heinai. Fils cadet d’un fermier nommé Jiaji, il montre dès son plus jeune âge une attirance et des prédispositions remarquables pour les arts martiaux.
À l’âge de 13 ans, il quitte sa terre natale pour l’ancienne capitale impériale, Kyoto. Il y est accepté comme disciple par Yamaguchi Bokushinsai, maître renommé et fondateur du Yamaguchi-ryū. Durant treize années d’un entraînement austère et sans relâche, le jeune homme assimile l’intégralité du cursus technique de l’école. En 1674, à l’âge de 26 ans, son maître lui décerne le rouleau de transmission intégrale (Menkyo Kaiden).
Fort de sa maîtrise technique, Tsuji Heinai se rend à Edo (Tokyo), centre névralgique du pouvoir shogunal, pour y ouvrir son propre dojo dans le quartier de Kōjimachi.
Cependant, le Japon vit sous la longue paix des Tokugawa (Pax Tokugawa) : la capitale regorge de centaines d’écoles d’escrime rivales. Simple provincial sans appui politique ni réseau parmi la haute noblesse guerrière, il ne parvient à attirer qu’une poignée d’élèves. Cette déconvenue marque un tournant décisif : Heinai réalise avec lucidité que la dextérité corporelle et la virtuosité technique sont stériles si elles ne reposent pas sur une véritable maturité spirituelle et morale.
Il prend alors la décision courageuse de suspendre l’enseignement pour se consacrer à l’étude des classiques confucéens et du bouddhisme Zen. Il pousse les portes du temple Kyūō-ji (dans le quartier d’Azabu à Edo) et devient disciple du grand maître Zen Sekitan Ryōzen (de l’école Rinzai), puis de son successeur le moine Kanshū.
Pendant près de deux décennies, il mène une ascèse rigoureuse alliant la méditation assise (Zazen) et la recherche du sabre pur. C’est à l’âge de 45 ans, en 1693, qu’il atteint l’éveil spirituel (Satori).
Pour sceller cet accomplissement, le maître Kanshū lui remet au nom de Sekitan un poème de transmission (Ji-ge) :
一法実無外
乾坤得一貞
水毛本来密
動着即光精
“Ippo jitsu mugai
Kenkon toku ittei
Suimo hono mitsu
Dochaku soku kosei”
“Il n’est rien d’autre que cette unique vérité,
universelle et éternelle ;
une plume portée par les vents en est la gardienne.
Trouver l’harmonie au cœur de la confusion,
voilà l’éveil.”
Inspiré par le premier vers de ce poème, Heinai prend le nom d’initié de Gettan et fonde officiellement sa propre école : le Mugai-ryū (無外流, l’école « où rien n’existe hors de la Vérité »).
Sa métamorphose spirituelle transforme sa posture : dépourvu d’animosité, habité d’un calme souverain (Fudōshin), Gettan voit sa réputation grandir de façon fulgurante dans toute la capitale.
Des érudits de renom, tels que le savant confucéen Itō Jinsai et son frère cadet Jirozaemon, viennent étudier sous sa direction. Les plus grands seigneurs de guerre (Daimyō) sollicitent ses lumières :
Au sommet de sa réputation, le 5ᵉ shogun Tokugawa, Tsunayoshi, demande à le recevoir en audience officielle au château d’Edo. Cet honneur suprême ne se concrétisera pas : le shogun décède subitement peu avant la rencontre. Fidèle à son détachement des gloires mondaines, Gettan continue d’enseigner en toute simplicité dans son dojo, formant plus de 4 000 élèves et délivrant 32 licences de maîtrise au cours de sa vie.
N’ayant pas d’enfant et ayant fait vœu de vie monastique, Gettan adopte son neveu, Kimata Sukehide (fils de son frère aîné), qu’il forme dès son plus jeune âge. Sukehide assimile parfaitement la tradition et hérite officiellement de la succession sous le nom de Tsuji Bunzaemon Sukehide, devenant le 2ᵉ grand maître du Mugai Ryu et assurant la continuité de l’école auprès du clan Sakai.
Le 23 juin 1727 (ou 1728 selon certaines chroniques régionales), à l’âge de 79 ans, sentant sa fin approcher, Tsuji Gettan Sukemochi s’assied en posture de méditation (Zazen), pose son sabre à ses côtés et s’éteint paisiblement, laissant derrière lui l’une des écoles les plus pures et respectées de l’histoire du sabre japonais.